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Approche

Une approche, est une voie souvent tâtonnante où la méthode se cherche en même temps que l’objet. Ce qui intéresse et caractérise le LAA est davantage une approche que des objets de recherche. Choisir et expérimenter des voies pour travailler des objets, en construisant la manière de les cerner est son but, sans mettre en avant une discipline ou une méthode à priori. L’expérience de terrain (au delà des découpages géographiques), se confronter avec sa matérialité, ses habitants, ses acteurs est pour nous une condition nécessaire à toute recherche.
Six points orientent notre manière de faire de la recherche : les temps, l’articulation des échelles spatiales et temporelles, les récits, les imaginaires, la mise en question de notions et de catégories données pour acquises et la manière de représenter et de restituer la recherche.

Comprendre la dimension temporelle d’un territoire

Le travail sur les temps que nous développons consiste à mettre en question la linéarité de l’histoire – qui voudrait un passé qui a définitivement été, un présent fugace, et un futur qui n’est pas encore – à l’interroger pour comprendre comment dans la pratique, tant de l’habitant que du chercheur, le « champ d’expérience vécue », et son « horizon d’attente » sont continuellement entremêlés pour construire ce qu’on appelle le « présent ». Articuler les temps devient alors un moyen pour appréhender les transformations urbaines. Comment les temps de celles-ci sont-ils conçus, vécus et métabolisés (fabriqués) par les acteurs territoriaux et les habitants ? Travailler la dimension temporelle permet de faire dialoguer la « petite échelle » des tempos quotidiens avec la « grande échelle » spatiale et temporelle des horizons de changement, et faire ainsi émerger une autre narration et une expérience d’un territoire (de l’espace) plus complexe et souvent inattendue.

Articuler les échelles spatiales et temporelles

La compréhension que l’on peut avoir d’une situation donnée varie selon l’échelle à laquelle on l’observe. Les phénomènes qui cohabitent dans celle-ci ou participent à sa construction ont, dans le projet architectural, urbain et paysager, des formes, des trajectoires et des logiques qui se manifestent dans des dimensions et à des échelles différentes. Dans ce sens, le projet, avec ses régimes temporels et les temporalités qu’il participe à configurer, peut aussi être utilisé comme un outil de compréhension et de connaissance des réalités urbaines. Explorer un territoire en transformation implique la compréhension de la relation entre différents phénomènes, pratiques et récits par la mise en tension des différentes échelles spatiales et temporelles qui le composent.

Rapprocher différentes formes de narrations

Nous essayons de mieux comprendre les processus de transformation urbaine en prêtant une attention particulière aux articulations entre les récits qui ressortent du terrain, et les discours institutionnels consolidés dans des textes et des images, dont les projets urbains font partie. Ces narrations ne sont pas flatus vocis, mais contribuent à « bâtir » l’espace social et architecturé au même titre que les matériaux ouvrés des chantiers.
Il s’agit de mettre en œuvre un rapprochement de différentes formes de narrations, récits et discours, ce qui permet de « mettre au présent », dans un moment précis de l’histoire, le territoire en transformation

Travailler les tensions entre « faits » et « fictions »

Pour pouvoir appréhender un territoire en transformation, il nous paraît nécessaire de prendre en considération la tension qui existe entre les « faits » et les « fictions ». Il s’agit de comprendre et d’analyser le rôle – ce qu’ils font, et non seulement ce qu’ils symbolisent – que jouent aujourd’hui comme dans le passé, les images et les imaginaires dans notre manière de penser un territoire et d’y intervenir, de regarder et représenter un paysage. Il s’agit ainsi de devenir sensibles aux écarts et aux convergences qui s’ouvrent entre la manière dont nous imaginons, désirons et regrettons le monde et la manière dont nous l’habitons, le racontons, et le projetons, individuellement ou collectivement.

Replacer le regard, sonder les écarts

L’expérience de terrain nous apprend l’importance et la nécessité de remettre en question et réinterroger des notions et des catégories souvent données pour acquises et « normalisées » par les usages disciplinaires. Sonder les écarts de sens et les paradoxes qui peuvent ainsi apparaître nous permet, et parfois nous impose, de redécouvrir un territoire, et de trouver une autre manière d’identifier nos terrains d’étude. Les questionner permet ainsi de rendre possible la saisie du « nouveau » qui est en train de se faire
Par le travail de terrain, de nouvelles notions et catégories apparaissent à travers l’articulation des récits et des discours, permettant ainsi de comprendre de quoi sont faits ces écarts et quel sens ils portent pour / sur un territoire donné.

« Rendre présente » une recherche

Réfléchir à la façon de restituer tant nos données de terrain que nos réflexions fait pour nous partie intégrante de notre processus de recherche. Si la forme n’est jamais disjointe de son contenu, et si la théorie et l’empirie, ne constituent pas deux mondes séparés, alors il est pour nous nécessaire d’expérimenter concrètement des manières et des formes pour restituer une recherche. En ce sens, « représenter » une recherche, signifie littéralement chercher à la « rendre présente » aux autres afin qu’elle puisse être comprise et appropriée par tous les acteurs concernés. Il s’agit ainsi de problématiser nos propres instruments de restitution de travail afin de déployer son potentiel : un petit tasseau, celui propre à la recherche, apte à fournir sa contribution pour transformer notre monde.
Cette réflexion sur la forme comme partie intégrante de la recherche est vouée à mettre en place une approche critique sans pour autant se soustraire à la tentative de se mettre en jeu en créant une production alternative et raisonnée de l’image de la ville.