François Bruneau, Alessia de Biase (dir.)

L’autoroute, le territoire et ses acteurs, Réciprocité d’influence et transformation.

Ecole Doctorale : ED 434 Ecole de Géographie de Paris - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Financement : Contrat CNRS - Cofiroute (2013-2016).
Directeur : Alessia de Biase
Discipline : Architecture, Villes, Territoires
Date : 2013 -

Après cinquante années de mise en œuvre d’infrastructures autoroutières en France, un réseau continu d’autoroute est aujourd’hui présent entre les métropoles de l’ensemble du territoire national. D’un objet étranger et nouveau pour les français en 1960, l’autoroute est, au fil des années, entrée dans les mœurs. Etrangère, elle le fut également pour les lieux dans lesquels elle s’inscrivit. L’arrivée d’une autoroute dans une commune ou une région opère des transformations sur l’organisation du territoire, sur l’environnement, sur l’économie, mais comment modifie-t-elle les habitudes, le quotidien, les relations et interactions de l’homme dans son environnement ?

L’autoroute est faite d’un ensemble de services (commerce, restauration, communication) de plus en plus divers pour répondre aux demandes des usagers et faire évoluer le réseau de transport vers un support multi-service. Dès lors, le réseau autoroutier serait-il lui-même devenu un territoire avec ses singularités, ses lieux d’activité, son organisation social et spatial ? Enfin, l’autoroute génère-t-elle de nouveaux territoires et centralités et de nouvelles manières d’être et d’habiter ?

Les aménagements et équipements autoroutiers présents sur le réseau, que l’on pourrait définir comme des objets autoroutiers – aires de service, aires de repos, passages supérieurs et inférieurs (ferré, voierie, faune, cours d’eau), parkings de covoiturage, diffuseurs (nœuds autoroutiers, échangeurs), arrêts de bus sur autoroute, péages, services – contribuent aux fonctionnements internes de l’autoroute ou aux continuités physiques du territoire. Ces objets sont pensés ou imposés par les gouvernances territoriales ou par les concessionnaires autoroutiers dans un but fonctionnel de leurs milieux respectifs. Ainsi les gares de péage et les aires d’autoroute, émergent de l’intérieur du domaine autoroutier et les franchissements de l’autoroute résultent du milieu existant, de la morphologie du territoire, de ses voieries et autres infrastructures présentes. Cependant les transformations territoriales et sociétales peuvent faire se confondre les limites entre objets autoroutiers et objets territoriaux. Ainsi l’autoroute questionne ou modifie le territoire et ce qu’il produit et réciproquement. En exemple, l’arrivée des parkings de covoiturage s’inscrit dans un contrat défini par l’Etat, le paquet vert autoroutier, en réponse à de nouvelles pratiques de partage des véhicules individuels. Les initiatives sont publiques mais font l’objet de partenariats entre le privé et le public, entre le domaine autoroutier et les gouvernances territoriales pour construire des aires de stationnements de covoiturage aux entrées des autoroutes. C’est à partir d’usages observables sur le territoire ou de phénomènes de société que l’autoroute s’est positionnée pour produire de nouveaux objets autoroutiers. D’autres exemples, comme les ouvrages d’art ou les aires de services, présents dès la construction de l’autoroute, peuvent également évoluer dans leurs natures suite aux transformations territoriales en lien avec ces objets. Le cas de Meung-sur-Loire où la construction d’un collège aux abords de l’échangeur autoroutier a transformé, dans l’usage, la nature d’un pont au dessus de l’autoroute en un chemin cyclable et pédestre pour les écoliers en cumul d’un flux déjà présent d’automobilistes et de poids lourds. Ce passage supérieur initialement prévu pour rétablir une continuité de voierie devient un ouvrage mixte suite à la transformation de son environnement. L’urbanisation autour de cet objet produit donc aujourd’hui des questionnements sur la nature même de cet ouvrage, sur la cohabitation de pratiques et d’individus. Il n’est plus seulement une continuité de voierie mais s’inscrit dans une séquence urbaine avec des usages complexes et des contradictions qui se catalysent en un point précis. Ces problématiques n’interrogent pas seulement les objets mais également leurs acteurs. Comment les réalités territoriales et sociétales modifient-elles la façon de faire du projet pour les concessionnaires autoroutiers ? Qui seront les parties prenantes dans l’élaboration des interfaces entre infrastructure autoroutière et territoire ? Qu’est-ce que l’autoroute peut-elle produire d’autre ?

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