Sandra Parvu

L’image publique du logement privé à Pueblo del Sol

Boyle Heights : Notes de terrain périphériques

17 juillet 2010 | Carnet de terrain Los Angeles

Dans les rues de Pueblo del Sol, un quartier résidentiel récemment construit au nord de Boyle Heights, on remarque le parfait entretien des zones plantées, du gazon et des terrains de jeux. Les arbres sont encore petits et les aires barbecues n’ont pas encore été utilisées. Dans d’autres quartiers, les pancartes plantées dans le gazon signifient au passant qu’en cas d’intrusion il aurait affaire à une intervention armée. Les écriteaux omniprésents de la Housing Authority défendent toute entrée sur la propriété (cf. mon entrée du 14 juillet sur Estrada Courts). A Pueblo del Sol, le promeneur non averti pourrait penser qu’il se promène dans des rues ouvertes au public.


En réalité, c’est tout le contraire dont il s’agit. Les lots sur lesquelles la communauté vient de s’établir appartiennent à la ville qui les avait acquis dans les années trente pour construire 600 unités de logements type ’grand ensemble’. Ils ont été démolis à la fin des années 90 avec des fonds fédéraux et la ville s’est associée à un promoteur privé à qui elle a cédé le droit de gérer les terrains pour 99 ans, afin de reconstruire 450 logements (100 maisons à vendre, 100 appartements fortement subventionnés pour familles à revenus limités et 250 logements loués au prix du marché) et des équipements tels une piscine, un centre fitness et un centre communautaire. Une branche de la compagnie qui s’est occupée de la construction gère maintenant l’ensemble du site. Seule une rue traversant le quartier est publique. Les rues privées sont discrètement signalées par les trois lettres "PVT" que l’on voit dans l’image ci-dessus sous le nom de la rue. Je l’ai appris en me faisant interpellée par un agent de sécurité privé : je n’avais pas le droit de prendre des photos et la seule raison valable de me trouver là aurait été celle de rendre visite à un résident. En fait, l’ambiguïté sur le statut exact de ces espaces est maintenue de façon délibérée. Tony, qui est project manager dans la compagnie de promoteurs qui a reconstruit le quartier et qui habite avec sa famille dans une des maisons mises en vente, me dit : "en surface, quand tu rentres là avec ta voiture, tu te sens à l’aise, c’est tout à fait public, c’est une communauté ouverte et ça c’est très important pour nous parce qu’on n’a jamais voulu construire ici un quartier résidentiel enclos (gated community)."


De fait, le maintien de cette image publique s’accompagne de mesures sécuritaire et de surveillance strictes. Les entrées et venues des visiteurs, ainsi que me l’apprendra par la suite Silvia (general manager de Pueblo del Sol), lui sont rapportées par les agents de sécurité. Les habitants sont également encouragés à le faire. Les panneaux interdisant tout stationnement sans autorisation rappellent fortement les pratiques d’autres quartiers (cf. mon entrée du 15 juin sur Beverly Hills). Tony m’explique aussi les motifs qui ont présidés au design des rues et de la circulation : "on ne peut rentrer dans la propriété que par 1st St ou Mission St" (les rues en blanc sur la carte sont les rues publiques, celles qui ont la même couleur saumon que les surfaces bâties sont privées). "Tu peux rentrer librement à un bout, mais de l’autre côté, il y a une grille qui n’est pas cadenassée pour respecter les exigences du Service du feu, mais les voitures qui rentrent ne peuvent pas sortir directement de la propriété." (Il fait allusion aux drive-by shootings, fusillades depuis la voiture.)


L’art d’entretenir un décalage entre une image publique et un foncier privé, entre une communauté ouverte et des rues cadenassées, ne prévaut pas dans le règlement lié à l’utilisation des espaces extérieurs par les résidents. Lorsqu’on passe du côté rue au côté jardin, l’ambivalence disparaît. Contrairement à Estrada Courts, les jardins privés sont clairement délimités par des barrières métalliques. Les cheminements piétons du quartier sont enclos d’un côté par ces clôtures de jardin et de l’autre par les grilles qui bordent tout le long de la propriété. Silvia m’explique que les habitants n’ont le droit de mettre dans les terrasses et balcons qui prolongent leur logement que des plantes en pot et des meubles de jardin. L’entrepôt de bicyclettes et d’objets d’entretien est formellement interdit.

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