Maria Anita Palumbo (dir.)

La mise en scène de la ville : l’espace urbain à l’écran

2006-2007

Cineforum

Présentation

En 2006-2007, le séminaire est organisé par Maria Anita Palumbo Doctorante à l’EHESS et au LAA (« L’exotisation de la Ville : la "mise en scène" des quartiers cosmopolites à Paris et à Rome, un terrain entre Barbès et l’Esquilino », sous la direction de Michel Agier et Alessia de Biase).

Programme 2006-2007

L’Espace Urbain est le décor le plus fréquemment utilisé dans l’histoire du cinéma. Bien plus rarement il en est le protagoniste. Quant est que quitte-il le statut de scène de l’action pour devenir le véritable protagoniste ? Comment se fait-il ce passage discret entre un espace pragmatique de l’action et un espace qui détient le rôle de personnage principal, de protagoniste, d’héro ? La Ville est-elle explorée directement, dans sa complexité, unité, mosaïcité ? Ou bien est-elle racontée par le biais des actions et des discours de ses habitants ? Enfin, comment l’espace urbain est-il montré ou raconté ? L’image animée, avec laquelle la ville entretient une relation privilégiée faite d’effets de miroir, de renvois, d’émulation, de distinctions, nous semble un outil nécessaire pour la connaissance approfondie de ce qu’est la ville aujourd’hui, cumulation d’expériences directes, individuelles ou collectives mais aussi d’images absorbées et digérées par chacun d’entre nous.

©Maria Anita Polumbo

1. La ville dans son ensemble

Le premier cycle de film nous met face aux tentatives de représentation cinématographique d’une ville dans son ensemble. Nous avons choisi deux film séparés par 70 ans d’Histoire, d’histoire du cinéma, d’histoire urbaine et sociale. Les deux films choisi nous semblent particulièrement représentatifs de leur époque. Leur visionnement successif ouvre plusieurs pistes de réflexion sur ce qui était au centre des interrogations sur la ville et le cinéma dans les années ‘20-‘30 par rapport à la mise en scène d’une ville à la fin des années ’90.


Lundi 4 décembre 2006
« Berlin, Symphonie d’une grande ville » de Walther Ruttmann, ALL 1927, Documentaire, couleurs, 62’

Diverses impressions de la ville de Berlin au cours d’une même journée. - Mélange fascinant d’observations documentaires, d’expérimentations techniques, de poésie urbaine et de contemplation. Travail très poussé sur les cadrages, les trucages optiques et le montage. Effets sonores et musique utilisés avec art. Ensemble constituant un remarquable document historique sur le Berlin des années 1920


Lundi 11 décembre 2006
« Amsterdam global village » de Johan Van der Keuken, Pays-Bas 1996, 240’

Amsterdam Global Village est un des grands portraits amoureux d’un cinéaste à sa ville. Une splendide promenade au côté d’un coursier d’origine marocaine dans les rues et le long des canaux. Un film mosaïque qui nous donne à voir les multitudes de nationalités qui se croisent dans une métropole occidentale moderne. Johan Van der Keuken nous invite à un magnifique tour du monde en quatre heures tout en restant presque toujours dans la même ville.


2. Le quartier

Deuxième étape de notre parcours urbain, le quartier. Les trois films de fictions retenus, soulèvent la question de ce qui « fait » quartier : la circulation d’objets et paroles qui territorialise un lieu ? un jeu de regards croisés qui crée dans la distinction l’appartenance à un même espace ? les liens de parenté qui se confondent avec le simple voisinage ?


Lundi 18 décembre 2006
« Chacun cherche son chat » de Cédric Klapisch, FRA 1996, fiction,couleur,91’

A travers une histoire de chats et d’une jeune fille qui a perdu le sien, évocation de la vie d’un quartier parisien où plusieurs mondes cohabitent, se confrontent, se rencontrent, organisés en réseaux de communication complexes.


Lundi 8 janvier 2007
« East is East » de Damien O’Donnel, GB 1999, fiction, couleur, 96’

George Khan, que ses enfants surnomment « Gengis », est Pakistanais et fier de l’être. Propriétaire d’un " fish and chips ", petit restaurant où il trime sans relâche, il élève ses sept enfants d’une poigne de fer et veut faire d’eux de bons petits Pakistanais. Mais nous sommes à Salford, dans le nord de l’Angleterre, en 1971. Et même si Ella, l’épouse anglaise de George, s’efforce d’aimer et de respecter son tyran domestique de mari, elle souhaite au moins autant contribuer au bonheur de ses enfants. Tiraillés entre la mode des pantalons à pattes d’éléphant et les mariages arrangés par leur père, ceux-ci n’aspirent qu’à devenir tout simplement des citoyens britanniques de leur temps.


Lundi 15 janvier 2007
« Kamera Kids » de Zana Briski et Ross Kauffman, USA 2005, documentaire, couleur, 135’

Quartier chaud de Calcutta, un groupe d’enfants : ils sont fils et filles de prostituées. Face à la plus grande des pauvretés, face aux abus et au désespoir, ils ont peu de chance d’échapper à un futur misérable écrit d’avance et de se construire une vie meilleures. Ils embarquent alors dans un voyage extraordinaire, en compagnie de la photographe new-yorkaise Zana Briski qui va leur enseigner l’art de la photographie. Cette histoire pleine d’humour et dénuée de sentimentalisme, dépeint le pouvoir de l’art et le courage de ceux qui ont le désir de modifier leur propre destin.


3. La place

Les deux films mettent en scène la même Place de la République à Paris avec trente ans d’écart. Le dispositif filmique interprète et crée la place comme espace de parole et de rencontre.


Lundi 22 janvier 2007
« Place de la République » de Luis Malle, FRA 1974, documentaire, couleur, 95’

Louis Malle plante sa caméra sur un coin de trottoir, Place de la République et aborde les passants. Une expérience renouvelée de cinéma direct et un état des lieux de la vie urbaine. « Nous étions place de la République et nous y sommes restés pendant une dizaine de jours, filmant des passants qui souvent s’arrêtaient, nous posaient des questions : " qu’est-ce que vous faites… " et la conversation commençait. Beaucoup de ces inconnus avaient envie et besoin de parler et ils en profitaient. Ils savaient que nous les filmions et ça ne les gênait pas ou alors ils s’habituaient très vite.
C’est du cinéma direct, poussé à l’extrême, et en même temps, il s’en dégage une impression de romanesque, comme si nous avions inventé ces passants rencontrés par hasard comme s’ils sortaient d’un livre de Céline. » Luis Malle.


Lundi 29 janvier 2006
« Place de la République 30 ans après » de Gayan Xavier, FRA 2004, documentaire, couleur, 90’

Après avoir vu Place de la République de Louis Malle, Gayan Xavier décide trente ans plus tard de revenir sur les lieux aux mêmes dates pour tourner un nouveau film documentaire reprenant le même dispositif. Celui-ci consiste à aller à la rencontre des passants d’une manière simple, caméras et micros bien en évidence, en posant des questions vagues pour amener les personnes à livrer leurs préoccupations.


4. La rue

Deux documentaires pour deux rues parisiennes. Ces films observent la rue et s’interrogent sur les changements de la société française à deux époques différentes.


Lundi 12 mars 2007
« Myrha-ville » de Melissa Tackway, FRA 2003, documentaire, couleur

« Réputée une des rues les plus "malfamées" du quartier de la Goutte d’Or à Paris, la rue Myrha est avant tout une rue très animée où se côtoient enfants, commerçants, artistes, dealers, toxicomanes, et habitants. Un monde à part, un concentré d’origines et de vécus hétéroclites, Myrha-Ville persiste malgré tout à respirer une rare chaleur de vivre…
Ce film est l’expression de mon regard d’habitante, la vue que m’offre la fenêtre de ma cuisine. C’est en quelque sorte une réponse aux clichés qui entourent cette rue cosmopolite. C’est un regard qui se veut volontairement subjectif, un regard de l’intérieur qui permet aussi d’évoquer l’autre question qui devient incontournable lorsque l’on vit et que l’on est soi-même étrangère ici : l’immigration ». La réalisatrice.


Lundi 19 mars 2007
« Amour rue de Lappe » de Denis Gheerbrant FRA 1984, documentaire couleur, 60’

Rue de Lappe, on découvre toutes les générations de toutes les émigrations, avec leur culture et leurs musiques, leurs histoires de couples, histoires de solitude... Denis Gheerbrant, seul avec sa caméra et son magnétophone nous révèle le monde dans le cœur de Paris.


5. Transports

Trois film tournés à Paris et autour de Paris pour transiter de l’intérieur d’un bus, au réseau métropolitain, jusqu’au serpent méconnu qui circule autour de la ville et en définit les confins : le boulevard périphérique.


Lundi 02 avril 2007
« La Véritable Histoire du bus 402 » de André Van In, FRA, 2002,documentaire, couleur,88’

Pensée au milieu des années 60 pour désengorger l’agglomération parisienne, Evry-Ville Nouvelle est, le long de la Seine, une de ces cités utopiques fondées par des urbanistes et des architectes pour intégrer l’habitat, le travail et les loisirs, en favorisant le contact et la vie communautaire entre habitants. En suivant le trajet du bus 402 le film dévoile les coulisses de gestion d’un bus qui traverse la ville et de nombreux quartiers dits « difficiles ».


Lundi 23 avril 2007
« Métropolitaines » de Jean Breschand, FRA 1995, documentaire, couleur, 50’

Voilà un siècle que le métro étend ses ramifications dans Paris. Chaque jour, des millions de voyageurs se déplacent d’un point à l’autre de la capitale dans cet univers devenu étrangement familier, où l’organisation la plus rigoureuse se mêle d’un hasard renouvelé. Seule la force de l’habitude nous fait oublier l’extraordinaire de ce mouvement sans fin de la circulation des uns et des autres, des hommes et des machines. Tourner un film dans le métro conduit à refaire un parcours, à dessiner un réseau de lignes et de correspondances. Le nœud de ce trajet est le mystère de ce qui se passe pour le voyageur anonyme dans le mouvement de ce transport en commun. Ainsi, suit-on le fil d’une chronique à plusieurs voix, ouverte à toutes les bifurcations… en un mot : des Métropolitaines.


Lundi 30 Avril 2007
« Paris periph » de Richard Copins, FRA 2004, documentaire, couleur, 60’

Le périphérique : 35,5 km de long, à mi-chemin entre autoroute et boulevard, 230.000 véhicules par jour, la plus forte densité automobile d’Europe. Le réalisateur explore le périphérique de Paris, il le parcourre en voiture et s’arrête par endroits pour en raconter l’histoire et en esquisser le futur.


6. Espace de proximité

Espace de proximité. Pour la septième étape de notre parcours, on explorera grâce à deux film de fiction, des espaces ambigus, hybrides. Dans ces deux films, l’action se développe et est débitrice de la spécificité de ces espaces de proximité : interstices entre le public et le privé ; le quartier et l’immeuble ; la rue et la maison


Lundi 7 mai 2007
« L’esquive » de Abdellatif Kechiche, FRA 2004, fiction, couleur, 119’

« On a fait une telle stigmatisation des quartiers populaires de banlieue, qu’il est devenu quasiment révolutionnaire d’y situer une action quelconque sans qu’il y ait de tournantes, de drogues, de filles voilées ou de mariages forcées. Moi, j’avais envie de parler d’amour et de théâtre, pour changer ». Le réalisateur.


Lundi 14 mai 2007
« Do the right things » de Spike Lee, USA 1989, fiction, couleur, 113’

Brooklyn, par une journée caniculaire. Sal, un Italien, est le seul blanc du quartier de Bedford-Stuyvesant. Aidé par ses deux fils, il tient une pizzeria très appréciée par les habitants du voisinage. Mookie, son jeune livreur noir, est un garçon cool et un peu fainéant. Chacun s’adonne à ses occupations quotidiennes, mais la chaleur échauffe les esprits. Toute l’action du film se déroule sur un pâté de maisons situé à Stuyvesant Avenue, entre Lexington et Quincy. La rue elle-même véhicule l’image de la fatalité urbaine, avec son lot de pauvreté, de chômage et de délinquance.


7. L’immeuble

L’immeuble. Deux documentaires pour deux immeubles, l’un en train d’être détruit ; l’autre en train d’être construit.


Lundi 21 mai 2007
« Permis de démolir » de Melissa Thackway et Xavier Tutein, FRA 2005, documentaire, 6’

Réalisé à partir de photographies et d’éléments sonores qui témoignent de la démolition en mars 2005 des immeubles situés du 52 au 58 rue Myrha lors de la rénovation du quartier de la Goutte d’Or.

« En construction » de José-Luis Guerín, ESP/FRA 2000, documentaire, couleur, 125’

Tourné sur 18 mois au cours de la construction d’un immeuble au cœur du Barrio Chino de Barcelone, le film raconte la mutation sociale et la disparition d’une culture. Il met en scène les divers corps de métiers du bâtiment et quelques personnages typiques de cet ancien quartier en voie de réhabilitation : un vieux marin, une jeune prostituée, un contremaître, un travailleur immigré, un jeune apprent.


8. La maison

Dernière étape de notre parcours : la maison, au même temps élément urbain et espace privé. Nous interrogerons l’espace-maison à partir de trois films de fiction qui mettent en scène trois histoires de cohabitation entre passé et futur, entre occupants successifs d’une même habitation, entre « adversaires » forcés à cohabiter. Dans les trois films, la maison est mise en scène à la fois comme élément concret du paysage, espace organisé et à organiser, et comme lieu de projection identitaire, contenant et miroir d’un mode de vie bien spécifique.


Lundi 28 mai 2007
« Mon Oncle » de Jaques Tati, FRA 1958, fiction, couleur, 120’

Monsieur Hulot habite dans un quartier pittoresque de banlieue où il fait bon vivre. Toujours vêtu de son chapeau, de son imperméable et de son parapluie, il est le témoin d’un monde ancien qui commence à disparaître (les grues sont partout dans le film). A deux pas de cet univers se trouve le monde de la vie moderne : c’est celui de la sœur de M. Hulot. Madame a épousé le patron d’une usine, Monsieur Arpel qui vient d’acheter une maison ultramoderne. Deux style de vie, deux sociabiltés, deux conceptions du monde incarnées par deux maisons, entre lesquelles les personnages circulent, comme sur une passerelle entre passé et futur.


Lundi 4 juin 2007
« House » de Amos Gîtai, 1980, documentaire, couleur

House est l’histoire d’une maison dans l’ouest de Jérusalem : abandonnée durant la guerre de 1948 par son propriétaire, un docteur Palestinien réquisitionnée par le gouvernement israélien comme « vacante » ; louée à des immigrants juifs d’Algérie en 1956 ; acheté par un professeur universitaire qui la transforme en une Villa Patrice… Le bâtiment est comme un théâtre dans lequel les anciens habitants, les voisins, les travailleurs, les constructeurs et les nouveaux propriétaires défilent.


Lundi 11 juin 2007
« Private » de Saverio Costanzo, ITA 2004, fiction, couleur, 120’

Réquisitionnée par des soldats de l’armée israélienne, la maison d’une famille palestinienne se voit divisée en trois zones. Le salon devient la chambre de la famille, le rez-de-chaussée zone régulée, que l’on ne peut traverser sans permission, et l’étage, réservé aux soldats, est zone interdite. S’engage alors une impossible cohabitation…

Adresse
Laboratoire Architecture/Anthropologie, École Nationale Supérieure d’Architecture Paris La villette
118-130 Avenue Jean-Jaurès, 75019
Métro Laumière/ Ourcq


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