Sandra Parvu

Les frontières négatives II

Boyle Heights : Notes de terrain périphériques

2 octobre 2010 | Carnet de terrain Los Angeles

Nous nous sommes installés dans le quartier dans les années trente et je suis allée à Utah Street School. Nous sommes venus là parce que la plupart des gens que mon père connaissait de Zacatecas et de Durango étaient là. Ils connaissaient tout le monde. Nous parlions espagnol, mais il y avait les cours du soir pour apprendre l’anglais. Les enfants rangeaient la cuisine après le dîner pendant que les parents allaient à l’école.

Nous vivions au milieu du pâté de maisons et l’école était au coin de la rue. Nous descendions cinq minutes avant la cloche, comme ça on ne se salissait pas avant. Ma mère était assez stricte comme ça.

J’ai vécu sur Utah Street pendant une dizaine d’année ; ma plus jeune sœur y est née en 1933. C’était l’année de la grande inondation. Par chance, les maisons étaient assez élevées au-dessus du sol, sinon elles auraient été prises par l’eau. On avait peur. On a entendu des policiers—ils nous ont réveillé—dire que la rivière avait débordé et que les familles dans les maisons basses devaient sortir. L’eau est arrivée jusqu’au plancher ; elle a inondé les rues. C’était effrayant, mais j’avais 13 ans, et nous, les enfants, trouvaient cela plutôt drôle. La Croix Rouge nous a apporté de la nourriture et on a été coincé pendant plusieurs jours. Ça a détruit les jardins. Tout le monde avait un jardin et chacun voulait que le sien soit le plus beau. Avant l’inondation, la rivière était un endroit très agréable. Les garçons du quartier y passaient la plupart de leur temps. On y faisait des pique-niques sous les arbres. L’eau était propre, sauf à la hauteur de l’abattoir. Après l’inondation, ils ont canalisé la rivière.


La plupart des femmes restaient à la maison. Les hommes revenaient vers dix-huit heures avec le tram ou à pied. Mon père travaillait, comme beaucoup d’autres dans le quartier, à la voie ferrée de Santa Fe. Les jours de paie, on allait manger dans un resto français sur Alameda Street ou chez le Chinois, The Far East sur la First Street. Quant on allait en ville, on allait sur la First, mais je n’aimais pas descendre au-delà de la Second ou Third. On n’était pas accepté là-bas, parce qu’on était mexicain. Il y avait beaucoup de discrimination. Je m’en rappelle parce que j’étais plus âgée que les autres enfants.

Frances Camareno, extrait d’un entretien réalisé par Dana Cuff, avril 1977, publié dans Dana Cuff, Provisional City. Los Angeles Stories of Architecture and Urbanism, The MIT Press, Cambridge, Mass., 2000, pp. 133-134.

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