Monica Coralli (dir.), Maria Anita Palumbo (dir.)

Modèles en question

Influence chinoise sur les formes urbaines au Bénin

Coordination : Monica Coralli, Maria Anita Palumbo
Date : 2009

Résumé de la problématique

L’émergence de la Chine comme nouveau partenaire stratégique en Afrique conduit à renouveler les interrogations sur la question des identités liées à des territoires et sur les interactions qu’entretiennent deux phénomènes en apparence contradictoires que sont : la mondialisation, par la diffusion de modèles communs (architecturaux, urbains mais aussi comportementaux) ; les ancrages locaux, alimentés par un renforcement des différenciations des espaces, des individus et des communautés. La compréhension de ces deux processus est nécessaire à l’étude des liens entre territorialisations et constructions identitaires.
La conurbation du Sud-Bénin, le Grand Cotonou, se présente comme un laboratoire intéressant pour réfléchir sur la complexité de ces liens identités/territoires dans un contexte d’articulation complexe local/global. La libéralisation du marché (suite au processus de démocratisation et décentralisation) permet désormais au Bénin l’installation et l’investissement de nouvelles puissances étrangères. La segmentation des pouvoirs et la multiplication des échelles ont sans doute un impact sur l’aménagement du territoire et urbain. Après une période de laisser-faire, l’Etat aménageur et constructeur se retrouve quasi-remplacé par des partenaires, en particulier la Chine, dont la pouvoir économique permet le financement intégral des grands équipements et infrastructures. En effet, l’Etat chinois intervient fortement dans le choix de ceux-ci ainsi que dans leur localisation.
Si les questions liées à l’urbanisme et à l’architecture font l’objet de négociations directes entre Pékin et les gouvernements africains, celles-ci ne tendent-elles pas à court-circuiter la nouvelle chaîne de responsabilités définies par la décentralisation ? Le manque d’adéquation entre les compétences attribuées aux collectivités locales et les moyens dont elles disposent favorise sans doute la préférence accordée à ce mode de négociation « court ».
En formulant l’hypothèse que l’intervention du global dans la production de la ville n’est pas nouvelle, en quoi cette tendance est-elle spécifique et comment s’articule-t-elle avec les expressions architecturales autochtones ou préexistantes ? Le monument, expression autrefois de l’autorité personnelle des présidents des états indépendants, pourrait être, de ce point de vue, un excellent analyseur des évolutions récentes en termes de construction de la ville au Bénin : vecteur et marqueur de l’unité nationale et culturelle, fruit d’une mémoire commune, a représenté le pouvoir central. Quelles valeurs le monument conserve (ou acquière)-t-il à présent ? Et encore, quelle forme de ville et quelle architecture publique se construisent aujourd’hui ? À quels modèles correspondent-elles ? Dans ce contexte, quelles sont les références utilisées par les concepteurs chinois dans les projets réalisés en Afrique, et au Bénin en particulier ? Et leur gigantisme, qui se prête au caractère officiel des bâtiments construits, de quelle manière est-il à interpréter ? Se veut-il une simple exaltation de la souveraineté nationale africaine, ou s’agit-il plutôt d’une démonstration de force de la Chine en tant que nouvelle puissance économique ?
Les architectures destinées aux fonctions commerciales et tertiaires révèlent une tendance à la reproduction de modèles planétaires où une identité spécifique semble être moins visible. Cette production chinoise de "boîtes" standardisées, installées sur des réserves foncières dont l’acquisition présente des contours flous (implantation dans des sites centraux en dépit des plans d’aménagement ou dans des zones littorales sensibles, par exemple) semble accentuer la tendance à une esthétique internationale globalisante.

Nous nous proposons d’étudier les logiques qui règlent le processus de construction de la ville au Bénin aujourd’hui et le rôle joué par l’Etat dans leur mise en place. En inversant une logique d’analyse bien ancrée qui laisse aux pays africains une place d’acteurs "passifs" dans ce partenariat avec d’autres puissances internationales, nous posons la question des modèles du point de vue des Etats africains qui se trouvent en présence de plusieurs partenaires véhiculant différents modèles architecturaux, urbains, et aussi de pouvoir. Parmi ces modèles, deux semblent s’opposer dans leur démarche décisionnelle. Ils sont proposés : l’un, par les partenaires européens, associant décentralisation et pratiques de participation à la prise de décision ; l’autre, par le partenaire chinois se référant, pour les décisions comme pour la construction, aux hautes sphères de l’administration étatique. Dans ce cadre, comment s’opèrent les choix et selon quelles logiques ? Quelle est la rhétorique employée pour les justifier ?
Nous souhaitons adopter le point de vue de celui qui importe les modèles, le jeu des pouvoirs en présence n’étant sans doute pas dicté uniquement par celui qui exporte le modèle. L’Etat récepteur peut, en effet, privilégier l’un ou l’autre de ces modèles, selon les conditions proposées-imposées par les Etats partenaires. Enfin, dans une telle accumulation de projets, quelles sont les modalités de la cohabitation ?

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