Sandra Parvu

Nommer les rues, de La Courneuve à Pueblo del Sol

Boyle Heights : Notes de terrain périphériques

8 septembre 2010 | Carnet de terrain Los Angeles

Du Village au Pueblo. Construite aux environs de 1930, la Utah Street Elementary School est le seul bâtiment non touché par les deux démolitions intégrales du quartier au sein duquel elle se trouve. Elle était déjà là lorsque la ville décide de détruire les lots et les petites maisons déclarées insalubres situées dans les Flats de Boyle Heights pour construire en 1939 Aliso Village, un ensemble de barres modernistes. Soixante ans plus tard, Aliso sera à son tour détruit puis remplacé par Pueblo del Sol. Ce dernier se rapproche un peu plus, au moins superficiellement, de l’aspect rural que suggère son nom par la taille de ses bâtiments et la décoration des façades.

Par sa place au centre du périmètre de construction et sa permanence, l’école devient pour les promoteurs et les urbanistes un point d’ancrage autour duquel restructurer le quartier. Patricia Castro, directrice de l’école depuis dix ans, décrit de ce point statique, les changements opérés par l’arrivée des nouveaux bâtiments (cf. www.laa-courneuve.net pour les parallèles sur le thème "nommer les lieux") :

De Clarence à Gabriel Garcia Marquez. "Avant, c’était Clarence. C’était une rue qui s’appelait Clarence Street associée au Clarence Street Gang. On trouvait leurs insignes un peu partout [une page sur www.myspace.com documente les graffittis du gang dans les rues de Boyle Heights]. Un des représentants du Conseil municipal m’a appelé il y a quelques années pour me dire : ’On va changer le nom de la rue. A partir de maintenant, ça sera Gabriel Garcia Marquez.’ Je me suis dit, c’est bien, une figure littéraire. Il m’a dit : ’Il faut faire disparaître Clarence à cause de l’association avec le gang, parce que même si tous les bâtiments sont neufs, le fait que la rue continue de s’appeler Clarence va faire comme si elle faisait encore partie du territoire du gang.’ Donc, ils ont changé le nom de la rue."

De Utah à Clarence. "Utah Street, ils s’en sont complètement débarassés. Utah n’existe plus. Avant, elle se trouvait derrière nous et la façade principale de l’école donnait sur Utah, c’est de là que vient le nom de l’école. Maintenant Utah et Clarence commencent toutes les deux de l’autre côté de la First Street. Ils ont essayé aussi de changer le noms de cette partie-là, mais les résidents n’ont pas voulu changer. Tu sais, c’est compliqué avec l’administration, les factures, les comptes en banque... Ils n’ont pas voulu changer. Mais, de ce côté-ci de la rue, il n’y avait que nous. Donc, le Conseil m’a appelé. Et maintenant l’école se trouve sur la Gabriel Garcia Marquez Street. Le numéro de l’adresse est resté le même, 255. Avant, c’était 255 Clarence Street. En fait, d’abord c’était 750 Utah Street, et puis lorsqu’ils ont commencé à démolir, ils ont fermé Utah et on a transféré les bureaux administratifs de l’école sur Clarence. Donc, comme l’entrée principale n’était plus sur Utah, l’adresse est devenue 255 Clarence Street. Et puis, il y a peut-être huit ans, ils ont changé Clarence pour Gabriel Garcia Marquez et on est devenu 255 Gabriel Garcia Marquez."

"Comme on était la seule adresse à l’époque, c’était pas un problème. C’est drôle d’ailleurs parce qu’on passe du 255 au bâtiment à côté qui porte le numéro 1400, je crois. Tu vois, il n’y a pas de logique... Pourquoi avoir choisi le numéro 1400 ? Pour dérouter tout le monde ? Parce que normalement tu essaies de suivre la rue, et quand ça saute de 255 à 1400, tout le monde se perd. C’est pas très clair, ils auraient pu changer le numéro, ça aurait été tout aussi bien, mais personne n’y a pensé."

"De l’autre côté, tout va bien, là où les rues sont restées avec leur nom d’avant, on commence depuis le début, parce qu’en fait la First Street, c’était la frontière entre la partie nord et la partie sud de la rue : North Clarence et South Clarence Street, North Utah et South Utah Street."

EN LIEN AVEC LE CHANTIER DE RÉFLEXION
Architectures et villes face à la mondialisation

Alessia de Biase (dir.), Paola Berenstein Jacques (dir.), Federica Gatta

L’architecture et le droit à la ville dans le contexte de la globalisation

Alessia de Biase (dir.), Alain Guez, Nancy Ottaviano, (...)

Habiter en hauteur à Paris

ou comment se construit la notion de hauteur dans une métropole contemporaine

Monica Coralli (dir.), Maria Anita Palumbo (dir.)

Modèles en question

Influence chinoise sur les formes urbaines au Bénin

Alessia de Biase (dir.), Sandra Parvu (dir.), Alice Sotgia (dir.), (...)

Observatoire Grand Paris : 2# Les empreintes super-structurelles, ou la dialectique local-global dans le devenir de la métropole parisienne

Journée d’études, le 20 janvier 2012, à l’ENSA Paris La Villette

Alessia de Biase (dir.), Sandra Parvu (dir.), Alice Sotgia (dir.), (...)

Observatoire du Grand Paris : 1# Appréhender le socle, ou comment composer avec la base du Grand Paris

Journée d’études, le 10 juin 2011 à l’ENSA Paris La Villette

Alessia de Biase (dir.), Michel Agier (dir.), Anne Raulin (dir.)

Frontières et mouvements de la ville. Comparaisons internationales en anthropologie urbaine

Séminaire doctoral de 2011 à 2015 à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Jean Attali (dir.), Olivier Boucheron, Laurent Joubert, (...)

Trames agricole, trames urbaines

Piero Zanini

« Paesaggi dialettici : tempi e contrattempi dell’abitare »

Alessia de Biase (dir.), Augustin Berque (dir.), Philippe Bonnin (dir.)

Donner lieu au monde : la poétique de l’habiter

Actes du colloque de Cerisy-la-Salle

Nava Meron

Pratique / respect du site

Retour sur le terrain

Nava Meron

Voir / savoir

Retour sur le terrain

Nava Meron

Ajouts / rajouts

Retour sur le terrain