
Le sale et le propre sont un des systèmes d’opposition chers à l’anthropologie. Les laveries automatiques, sans fioritures apparentes, font plus qu’en rendre compte. Elles permettent de parler de genre, de tensions entre groupes sociaux, de la couleur de l’argent, de monnaie vivante et d’ubérisation, des confrontations entre progrès techniques et gestes ancestraux, de confiance et d’abri, de transformation des solidarités… Elles sont un point de départ, un paradoxe particulier et un prétexte au-delà d’elles-mêmes. Les laveries sont ici l’expression du caractère désirant de la recherche, des voyages qu’elle occasionne dans des lieux pleins d’odeurs et des livres pleins de saveurs.
Cet abécédaire explore la transformation urbaine en tant que processus matériel et symbolique, au cours duquel les espaces et les temps sont continuellement imaginés, racontés, négociés et projetés par les personnes qui les habitent, celles qui les conçoivent et celles qui les administrent dans un jeu de contraintes conjoncturelles (matérielles, politiques, économiques, etc.).
Les notions qui composent cet abécédaire ne sont pas toutes d’ores et déjà présentes, elles surgiront à travers une lente construction dans le temps, au fil des années à venir. Chaque mot sera publié indépendamment, comme un tiré à part, sous la forme d’un essai. Leur accumulation produira la fresque d’une période, avec ses questionnements et inquiétudes, lue par un groupe de chercheurs qui ont partagé ou partagent encore, sous des statuts divers et dans des temporalités différentes, un lieu de débat : le Laboratoire Architecture Anthropologie (LAA-LAVUE 7218 CNRS/ENSA Paris-La Villette).