
Ma thèse de doctorat porte sur la Porte de Montreuil à Paris, et plus précisément sur la façon dont ce quartier est en train d’être repensé et transformé. C’est la conviction que les processus de construction informels et l’habitat spontané peuvent révéler certaines ambiguïtés au cœur de la conception architecturale qui est à l’origine de ce projet.
Le choix de la Porte de Montreuil comme terrain d’enquête s’est imposé par le désir de voir ces pratiques informelles confrontées aux grands projets néolibéraux qui redessinent aujourd’hui nos villes sous couvert de « rénovation urbaine ». Ce contexte semble particulièrement propice pour observer comment l’architecture ne se contente pas de produire des bâtiments, mais contribue à modeler les espaces politiques et sociaux dans lesquels nous habitons — et ce, à travers une interaction constante entre le formel et l’informel. Le terrain reste ancré dans la réalité du Grand Paris, mais ce qui s’y observe paraît dépasser largement ce cadre, touchant des villes bien à l’échelle mondiale.
Du reste, issu d’une formation en philosophie, mon ambition n’est pas de me limiter aux dimensions pratiques de la construction informelle. Ce qui est en jeu, c’est plutôt de comprendre comment l’acte de concevoir un espace par le design architectural peut façonner des subjectivités politiques — comment l’architecture participe, en somme, à faire de nous ce que nous sommes en tant que sujets habitant une ville. C’est dans cette perspective qu’un travail de terrain sera mené, en dialogue avec les tentatives récentes de « philosophie de terrain » : cette approche qui emprunte aux sciences sociales pour nourrir le travail conceptuel de la philosophie, tout en en interrogeant les limites et les présupposés.

