
Les migrations forcées constituent une rupture profonde dans la relation entre l’individu et son environnement. Quitter son pays, son logement et ses réseaux sociaux signifie perdre non seulement un territoire, mais aussi des habitudes, des souvenirs et des repères qui participent au sentiment de « chez-soi ». Il s’agit, comme le soulignent Gürel et Büyükşahin (2020), d’expériences douloureuses et violentes, marquées par la recherche d’environnements plus sûrs et plus stables. Cette rupture peut également fragiliser profondément la santé mentale : une revue systématique menée par Fazel et al. (2005) estime notamment que le risque de développer un trouble de stress post-traumatique chez les réfugiés réinstallés dans les pays occidentaux est près de dix fois supérieur à celui des populations locales comparables.
À partir de ce constat, cette recherche pose une question centrale : que signifie « habiter » après avoir été contraint de quitter son lieu ? L’hypothèse est que le design d’intérieur peut participer à la reconstruction du « chez-soi », non pas en reproduisant le lieu perdu, mais en créant les conditions d’une nouvelle relation au lieu. L’espace intérieur serait alors envisagé comme plus qu’un simple lieu d’hébergement : un environnement susceptible de soutenir la sécurité, l’appropriation, l’identité et le sentiment d’appartenance.
Cette réflexion conduit à interroger le rôle de la lumière, des matériaux, des couleurs, de l’organisation spatiale, de l’intimité et des possibilités d’appropriation dans l’expérience vécue des réfugiés. Comment un espace imposé peut-il devenir un espace familier ? Comment peut-il accueillir la mémoire et l’identité culturelle tout en permettant la construction de nouveaux repères ?
La question centrale de cette recherche est donc la suivante : comment les éléments du design d’intérieur dans les espaces de vie peuvent-ils favoriser la guérison psychologique et le sentiment d’appartenance chez les réfugiés ? Dès lors, peut-on concevoir l’intérieur comme un espace de reconstruction, capable de transformer progressivement un lieu d’hébergement en un lieu habité — un lieu où la personne déplacée puisse retrouver la possibilité de dire : « je suis ici » ?

