Emilie  Pillon, Alessia de Biase (dir.)

Habiter le territoire-laboratoire

Récits et gestuelles scientifiques, techniques et quotidiennes en Terre Adélie

Ecole Doctorale : ED 395 - Université Paris Nanterre
Directeur : Alessia de Biase
Discipline : Anthropologie
Date : 2022 - 2025
Financements : Contrat Doctoral Université de Paris-Nanterre

L’Antarctique et ses stations de recherche sont des lieux de science, continuellement occupés de manière temporaire, par les communautés scientifiques et techniques qui y travaillent. Continent façonné par et pour la science, l’Antarctique est un territoire-laboratoire autour et au sein duquel s’organise une logistique chorégraphiée pour assurer la permanence de la recherche dans des conditions extrêmes.

Bien que les stations de recherche apparaissent et soient racontées comme hors temps et hors monde, elles sont — aujourd’hui, comme à l’époque de leur construction — soumises aux transformations de la société et aux manières de faire de la science. Dans ce lieu relativement inaccessible, soumis à ses propres contraintes temporelles, personnel scientifiques et techniques vivent et travaillent ensemble au service de la production de données scientifiques.

Soumis aux temporalités propres, l’Antarctique comme territoire-laboratoire se construit au-delà de ses frontières géographiques. La thèse souhaite observer, à travers leurs inscriptions dans le temps, en quoi les pratiques savantes permettent de questionner une identité d’habitant, individuelle et collective. En quoi le déploiement du « geste de chercher » (Flusser, 2014[1999]), dans le temps fait-il de l’Antarctique un lieu de science habité ?
À travers une démarche ethnographique multisituée — depuis les laboratoires de recherche jusqu’au terrain antarctique — la thèse souhaite observer l’inscription dans le temps, des liens qui se tissent avec le territoire-laboratoire. C’est le geste de chercher qui organise l’ensemble des gestes scientifiques techniques et quotidiens au sein du territoire-laboratoire. Ces gestes peuvent être scientifiques, techniques, quotidiens, et ils se déploient dans le temps de manière itérative et successive. L’Antarctique est un lieu de science habité car il est sans cesse réinvesti. Temps et gestes vécus et mis en place au service de la pratique savante sont transmis et appris au sein des communautés scientifiques et techniques. Chaque nouvelle génération d’habitant de l’Antarctique hérite de gestes et d’un rapport au temps singulier structurent l’expérience de l’Antarctique, en dedans et en dehors de ses limites géographiques.